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Ce matin c’est la rentrée des classes.
Le soleil est bien frileux dans le ciel tout bleu.
Sur le chemin de l’école, Arthur est heureux. Il chantonne et sautille comme un cabri.
Il a sur le dos son cartable tout neuf, avec sa trousse remplie de crayons multicolores, une belle gomme, un double décimètre et un cahier à spirales. Maman a même ajouté un morceau de brioche et une barre de chocolat pour le goûter. Il est prêt. Prêt pour cette grande journée.
En plus, c’est cool ! Il peut y aller tout seul maintenant qu’il est en CM1, il n’a que le bois de la Dame Blanche à traverser.
Les grands arbres se sont habillés de vert, de jaune et de roux. Arthur lève le nez, observe le jeu des lumières dans les branches.
Il sourit, se baisse et ramasse quelques marrons tombés sur le sentier : de belles munitions pour son lance-pierre ! Il flâne, repère un morceau de bois bien droit, se dit qu’ça f’rait une superbe épée. Et le voilà qui, tel un vaillant chevalier, pourfend l’air face à un ennemi invisible.
Un coup à droite, un coup à gauche
– « Arrière manant ! en garde ! crois-tu que tu vas résister au Prince Arthur ! »

Tout à son jeu, Arthur s’éloigne peu à peu du sentier.
Soudain, un craquement… notre jeune Prince se fige, bras en l’air, les yeux écarquillés. C’est quoi ce bruit ?
Un autre craquement, plus proche. Arthur se retourne d’un bond et jette un regard affolé autour de lui. Rien, personne !

Son ventre se noue, il recule pas à pas, très lentement, essayant de repérer le chemin.
Son cœur bat la chamade. Qui donc se cache dans le bois ?
Courageusement, bien que sa voix tremble un peu, il crie :
– Il y a quelqu’un ? Montre-toi si tu l’oses ?
– … (pas un bruit)
– Quoi, tu ne dis rien, si tu crois que j’ai peur, allez viens te battre ! Il agite son épée devant lui

A ce moment précis un grognement sourd déchire le silence. Arthur, tétanisé, devient blanc de terreur. Sans demander son reste, il détale à toute allure et se met à courir de toutes ses forces à travers le sous-bois.
Le grognement le poursuit, Arthur accélère, court en zig zag entre les arbres, son épée lui échappe. Il court toujours plus vite, trébuche, manque de tomber.
Son sac à dos s’accroche à une branche basse. Flûte, c’est pas le moment ! Nan au secours ! Affolé, il tire fort sur ses bras, son sac glisse à terre. Arthur repart à toute vitesse, il commence à s’essouffler.
Il aperçoit à quelques mètres le chemin, allez courage encore un effort, je vais y arriver à sortir de ce bois.
Derrière lui il sent une présence qui se rapproche et toujours ces grognements, ces couinements. Arthur n’en peut plus, son pied butte contre une racine, il fait un vol plané et atterrit les bras en croix, face contre la terre humide, le nez dans la mousse et les feuilles d’automne.
Notre chevalier, plus vaillant du tout, est effrayé. Surtout ne pas bouger, faire semblant d’être assommé comme il a déjà vu dans les films.
Il tourne lentement la tête sur le côté, respire doucement et tend l’oreille. Juste le murmure du vent… son poursuivant serait-il parti ?
Puis un bruissement de feuilles, un couinement, un souffle chaud sur sa nuque.
Ça y est c’est fini, je ne reverrai jamais Maman, ni mes copains, ni Melle Nicole mon instit. Arthur tremble autant de froid que de peur.
Nouveau grognement et quelque chose de chaud touche son cou.
« Ah et puis non, je suis un chevalier quoi ! »
En un sursaut héroïque, Arthur se redresse d’un bond, poings serrés : « tu ne me fais pas peur !» hurle-t-il bravement.
Il cherche des yeux son ennemi, sent quelque chose qui bouge à ses pieds, baisse lentement la tête : un porcelet tout rose le regarde d’un air innocent, se met à grogner et couiner, puis vient se frotter à ses jambes.
Arthur est si étonné qu’il ne sait plus s’il doit rire ou pleurer. Tout ça, juste pour un si petit cochon ! Notre héros souffle : « Tu m’as fichu une de ces trouilles ! Surtout ça reste entre nous hein ? »

Soulagé, mais pas trop fier quand même, il se débarbouille vite fait le visage, nettoie un peu ses vêtements des feuilles qui sont restées collées, retrouve son cartable et d’un pas guilleret repart vers son école en sifflotant.

Derrière lui trottine son nouveau compagnon… Arthur rigole « Bon là j’ai pas le temps mais promis je te ramène chez toi plus tard, ok ? ». Un couinement satisfait lui répond.

Au loin, la cloche sonne qui annonce l’entrée dans les classes. Notre vaillant petit Prince accélère le pas, il ne lui reste que quelques minutes pour inventer une belle histoire à raconter à ses camarades.